Macro & Stratégie - Juillet 2026

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Le tableau macroéconomique mondial demeure favorable malgré des risques émergents

« These are crazy days, but they make me shine
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– Oasis

À mi-parcours de 2026, alors que la Coupe du monde de la FIFA et le calendrier géopolitique chargé monopolisent l’attention, le moment est bien choisi pour faire le tour du globe et évaluer la santé de l’économie mondiale. Nous ne voulons pas dire par là que tout est calme. Ce n’est manifestement pas le cas. Mais le portrait macroéconomique global se révèle plus résilient que ce que plusieurs anticipaient en début d’année. Un concours de circonstances puissant continue de stimuler la croissance, avec des conditions financières plus accommodantes, une politique budgétaire active et un cycle d’investissement exceptionnellement vigoureux lié à l’intelligence artificielle (IA).

Cela ne signifie pas pour autant que la route est sans embûches. Les pressions inflationnistes ont refait surface à l’échelle mondiale, l’incertitude commerciale pèse toujours sur la confiance, et les banques centrales ont cessé d’agir à l’unisson. Il n’empêche que l’équilibre des forces semble positif pour les prochains mois. Si les investisseurs cherchent une lecture simple, c’est celle-ci : l’expansion mondiale est suffisamment large pour continuer d’avancer, mais suffisamment inégale pour exiger de la sélectivité. Certains diraient que le monde rejoue la même chanson, même si certains passages sonnent plus forts que d’autres.

Des vents favorables et quelques vents contraires

Politique monétaire (légèrement favorable)

Les baisses de taux opérées dans une grande partie du monde en 2024 et 2025 continuent de se répercuter dans le système. La politique monétaire agit avec un décalage, et ces décalages continuent de soutenir l’activité dans les secteurs sensibles aux taux d’intérêt, d’améliorer les conditions de financement et de stabiliser le sentiment. En d’autres mots, l’assouplissement d’hier contribue encore à la croissance d’aujourd’hui. Ce soutien devrait rester perceptible au cours du second semestre de 2026, même s’il perdra graduellement de son efficacité à l’approche de 2027.

Faits saillants

  • L’économie mondiale demeure résiliente et en expansion grâce au soutien combiné des politiques monétaires passées, de l’activisme budgétaire et du boom de l’investissement en IA, malgré le retour de pressions inflationnistes et une politique commerciale américaine protectionniste.
  • Le contexte macro favorise toujours les actifs risqués, notamment les actions et les secteurs liés aux dépenses structurelles (IA, infrastructures, ressources), tandis que les obligations offrent davantage du revenu que du potentiel d’appréciation.
  • Le portefeuille demeure surpondéré en actions et sous-pondéré en obligations gouvernementales, avec une allocation régionale plus neutre compte tenu de la dispersion moins marquée entre marchés.

Cela dit, la route à suivre devient de moins en moins évidente. La Banque centrale européenne a relevé ses taux en juin, réagissant à la hausse des prix de l’énergie, la Banque du Japon a repris son resserrement, et la Banque de réserve d’Australie a également augmenté ses taux à plusieurs reprises cette année. Les marchés contemplent l’hypothèse de nouvelles hausses aux États-Unis et au Canada. Pour les investisseurs, il est essentiel de retenir que le cycle mondial de politique monétaire n’est plus synchronisé. Ce phénomène est important, car il laisse présager un monde où la dispersion entre les pays en matière de devises, de taux obligataires et de leadership boursier restera persistante. Partout dans le monde, les banques centrales ne suivent plus la même ligne de conduite.

Politique budgétaire (légèrement favorable)

La politique budgétaire continuera d’être un vent favorable puissant en 2026. Aux États-Unis, le One Big Beautiful Bill, promulgué en 2025, a sensiblement stimulé la demande cette année. Par ailleurs, la politique tarifaire connaît un revirement : les droits de douane perçus illégalement en vertu de l’International Emergency Economic Powers Act font l’objet de remboursements, ce qui accroît les flux de trésorerie des entreprises.

Quel que soit l’emballage politique de ces mesures, ou la durabilité d’une telle générosité budgétaire, leur incidence économique à court terme est limpide : davantage d’argent circule dans le système, ce qui soutient la croissance.

Ce tableau va bien au-delà des États-Unis. Les dépenses militaires progressent depuis plusieurs années, s’accélérant en Europe, au Canada, au Moyen-Orient et vraisemblablement au Japon. Le Canada et l’Allemagne tirent parti de leurs marges budgétaires relatives et de leurs cotes de crédit AAA pour accroître les dépenses militaires et d’infrastructure. Dans les deux pays, le déficit budgétaire en pourcentage du PIB a augmenté ces dernières années.

Les gouvernements européens, l’Allemagne en tête, cherchent à renverser des années de sous-investissement. Dans l’ensemble, les gouvernements de l’Union européenne consacraient près de 4 % du PIB à l’investissement net en 2025, soit le niveau le plus élevé en 20 ans, hors grande crise financière. Ce chiffre est appelé à augmenter.

Japon, le gouvernement de Sanae Takaichi a également signalé sa volonté d’ouvrir les vannes budgétaires, notamment par des baisses potentielles de la taxe à la consommation et une hausse des dépenses militaires.

Ces vents budgétaires favorables soutiendront la croissance nominale à l’échelle mondiale. Mais la forme que prennent ces mesures compte. L’accent mis par les gouvernements sur les infrastructures et la défense devrait soutenir le cycle manufacturier, générant aussi des retombées positives pour l’ensemble du complexe des matières premières.

Investissement dans l’IA (fortement favorable)

La force qui domine toutes les autres reste le boom mondial des dépenses d’investissement dans l’IA. Les grandes entreprises technologiques américaines engagent des sommes colossales dans la construction de centres de données, les prévisions récentes faisant état de dépenses annuelles de 800 milliards USD sur les cinq prochaines années. La Chine prévoit elle aussi continuer à investir massivement, et l’Europe n’aura pas le choix d’emboîter le pas. Le phénomène ne se limite donc pas à la Silicon Valley  : c’est toute une chaîne de valeur mondiale qui est mobilisée, des semi-conducteurs aux équipements électriques, en passant par les infrastructures énergétiques, l’ingénierie et l’extraction des ressources.

La Corée du Sud et Taïwan, par exemple, occupent des maillons essentiels de cette chaîne d’approvisionnement grâce à leurs composants électroniques de pointe. TSMC (Taïwan) et Samsung (Corée du Sud) engrangent des bénéfices considérables en fournissant des puces haut de gamme aux géants technologiques américains. Les exportations des deux pays ont ainsi bondi de plus de 50 % en variation annuelle.

Ce n’est pas un hasard si l’indice boursier coréen (KOSPI) a progressé de près de 100 % depuis le début de 2026, tandis que l’indice taïwanais (TAIEX) a affiché un rendement de plus de 60 %. Les deux pays illustrent parfaitement les retombées économiques mondiales résultant de la course aux armements en matière d’IA.

Les producteurs de ressources profitent de la demande croissante pour des intrants comme le cuivre. Les sociétés industrielles et les entreprises de services publics en bénéficient, car les centres de données exigent non seulement des puces, mais aussi des terrains, des capacités de transmission, des systèmes de refroidissement et d’énormes quantités d’électricité. La dimension stratégique est tout aussi importante. Les récentes restrictions américaines empêchant Anthropic de mettre son dernier modèle à la disposition d’intérêts étrangers envoient un signal clair au Canada et à l’Europe : s’appuyer uniquement sur des plateformes américaines comporte des risques. Quant à savoir si les efforts locaux en matière de souveraineté numérique aboutiront, c’est une autre question. À court terme, cependant, la duplication des infrastructures constitue en elle-même une nouvelle source de dépenses qui alimente le cycle d’investissement mondial.

Inflation (légèrement défavorable)

Le principal vent contraire est l’inflation, qui est revenue dans la conversation. La guerre en Iran a fait monter les prix de l’énergie, ajoutant de la pression sur l’inflation globale alors que les investissements militaires, d’infrastructure et dans l’IA gonflent déjà la demande pour des intrants clés. Aux États-Unis, la vigueur de la croissance soulève également un risque de légère surchauffe. L’inflation des prix à la consommation dépasse 4 %, et l’inflation des prix à la production signale la présence de pressions supplémentaires dans la chaîne. Bien que les prix du pétrole aient nettement reculé à la suite d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran, l’inflation américaine demeure bien au-dessus de la cible une fois les éléments plus volatils exclus1.

Ailleurs, les décideurs cherchent à éviter qu’un choc énergétique ne contamine les anticipations d’inflation plus largement, ce qui explique en partie la posture plus ferme adoptée par la Banque centrale européenne et la Banque du Japon.

Pour les investisseurs, la question de l’inflation tient moins à un retour au chaos de 2022 qu’à la possibilité que les prix continuent de grimper à une vitesse plus rapide que ce qui est confortable pour les banques centrales. C’est suffisant pour maintenir les taux directeurs élevés pendant plus longtemps et limiter l’expansion des valorisations dans les segments du marché sensibles aux taux.

Politique commerciale (légèrement défavorable)

La politique commerciale reste un autre frein. Plus d’un an après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les règles du commerce américain sont toujours en mutation. La Cour suprême a invalidé certains droits de douane, menant à un programme de remboursement. En conséquence, le tarif sur les marchandises est retombé à environ 8 %, contre un sommet de 12,5 % en octobre.

Malgré tout, l’administration a trouvé d’autres moyens de reconstruire des barrières, notamment avec des droits ciblés d’environ 10 à 15 % sur certains pays. Le taux tarifaire a donc vraisemblablement atteint son plancher. La voie juridique restera peut-être sinueuse, mais l’orientation stratégique est assez claire. Le protectionnisme n’est pas près de disparaître.

Pendant ce temps, les négociations portant sur l’Accord Canada-États-Unis-Mexique se poursuivent sans progrès visible. Nous ne prévoyons pas d’effondrement de l’accord, mais nous nous attendons à ce que l’incertitude persiste, d’autant plus que Washington envoie des signaux contradictoires (Macro et stratégie — juin 2026).

La politique commerciale n’est plus le risque macroéconomique qu’elle représentait en 2025, mais elle reste en arrière-plan, pesant sur l’investissement des entreprises et fragilisant les chaînes d’approvisionnement

Incidences sur les placements

Ce contexte continue de justifier une surpondération des actions. Une économie solide, des paramètres budgétaires toujours favorables et de grands thèmes d’investissement structurels continueront de former un environnement propice aux actifs risqués à court et moyen terme. Cela ne signifie pas pour autant que tous les marchés ou tous les secteurs méritent un traitement identique, mais bien que le scénario haussier restera intact tant que la croissance se maintiendra et que les résultats des entreprises continueront de digérer des taux d’intérêt plus élevés.

L’exposition aux secteurs cycliques demeure pertinente, surtout là où elle recoupe les dépenses en capital liées à la défense, aux infrastructures, à l’électrification et à l’IA. Les matières premières semblent également bien positionnées pour générer des rendements attrayants dans cet environnement.

En ce qui concerne les titres à revenu fixe, le tableau est plus nuancé. Les taux resteront probablement élevés, et pourraient même monter encore un peu, ce qui limite les perspectives de gains en capital. En revanche, le portage offert par les obligations est redevenu véritablement attrayant.

Le revenu fixe est donc moins une histoire d’appréciation des cours qu’une histoire de revenus, avec des opportunités ponctuelles là où les marchés pourraient sous-estimer la divergence des politiques monétaires ou le risque de récession. Pour les portefeuilles équilibrés, ce contexte rappelle que des taux élevés ne sont pas nécessairement une mauvaise nouvelle : parfois, ils sont simplement le billet d’entrée vers de meilleurs revenus.

Conclusion

Au final, les perspectives de l’économie mondiale demeurent plutôt favorables malgré une liste croissante de risques. La combinaison de mesures monétaires favorables, d’activisme budgétaire et de dépenses d’investissement portées par l’IA continue de l’emporter sur les freins liés à l’inflation et aux tensions commerciales, du moins pour l’instant. L’économie mondiale ne s’accélère pas partout en même temps, mais elle progresse encore dans suffisamment de régions et de secteurs pour maintenir l’expansion en vie.

Pour les investisseurs, l’état d’esprit approprié n’est ni la complaisance ni la paranoïa, mais l’optimisme discipliné. Ils doivent maintenir une perspective positive face aux actifs risqués, rester attentifs à l’inflation et aux divergences politiques, et surveiller les secteurs où les dépenses structurelles remodèlent les marchés en temps réel. Après tout, lorsque le cycle est alimenté par plusieurs moteurs à la fois, il vaut mieux continuer à observer ce qui se passe dans le monde.

Positionnement

Nous surpondérons toujours les actions, mais avons adopté des allocations régionales essentiellement neutres. La toile de fond pour les actions n’a pas fondamentalement changé. La classe d’actifs continue d’être portée par les bénéfices, lesquels ont constamment surpris à la hausse, notamment aux États-Unis, où la rentabilité a été exceptionnellement forte et les prévisions continuent d’être révisées à la hausse. Les dépenses d’investissement liées à l’IA continuent de soutenir la classe d’actifs et de renforcer la conjoncture positive. Cela dit, des attentes élevées sont déjà intégrées dans les cours, et l’activité spéculative s’est accentuée à la marge. Dans ce contexte, nous voyons moins d’intérêt à adopter des biais régionaux marqués et préférons une répartition plus équilibrée entre les pays, tout en maintenant une surpondération, car les asymétries régionales sont peut-être moins prononcées qu’auparavant.

Nous sous-pondérons toujours les obligations gouvernementales. Bien que les taux soient plus attrayants que les années précédentes, le régime macroéconomique global demeure difficile pour la durée. L’inflation s’est révélée persistante, et la combinaison de déficits budgétaires élevés et d’émissions souveraines qui augmentent continue d’exercer une pression à la hausse sur les primes de terme, limitant les perspectives d’un rebond soutenu sur les marchés obligataires d’État. Plus important encore, le comportement récent des marchés a confirmé que les obligations ne constituent pas une couverture fiable des actifs risqués dans un régime marqué par des chocs inflationnistes et des risques géopolitiques, ce qui réduit leur valeur de diversification.

Cela rejoint notre cadre macroéconomique global, dans lequel les actions et les actifs réels demeurent de meilleurs instruments pour exprimer des vues sur la croissance nominale et l’inflation, tandis que la durée est davantage exposée à une réévaluation défavorable lorsque les marchés exigent une compensation plus élevée pour détenir des obligations d’État à long terme. Nous restons à l’affût d’opportunités permettant d’accroître la durée, mais nous restons à l’écart pour l’instant.

Du côté des devises, la stratégie de «vendre les États-Unis » qui avait pénalisé le dollar américain l’an dernier semble marquer une pause, dans le contexte des bénéfices exceptionnels des entreprises américaines. Par ailleurs, plusieurs devises européennes sont considérées comme moins attrayantes en raison de taux d’intérêt locaux plus bas et, dans le cas de la livre sterling, d’une interaction entre la dynamique budgétaire et la dépendance aux capitaux étrangers qui rend la monnaie vulnérable aux variations des taux mondiaux et des primes de terme. Dans ce contexte, nous privilégions toujours les devises dont les fondamentaux macroéconomiques sont plus solides, dans un environnement toujours défini par l’incertitude inflationniste et les divergences entre pays.

Sébastien Mc Mahon

Économiste en chef

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Alex Bellefleur

Vice-président sénior, chef de la recherche, allocation d’actifs

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Étienne Bergeron

Directeur-associé, stratégie macro

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