Macro & Stratégie - Janvier 2026
6 janvier 2026
Commentaires mensuels« Fuel » : regard vers 2026
« Give me fuel, give me fire, give me that which I desire. » - Metallica
Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’année 2025 a été tout sauf ennuyante. Depuis l’investiture de Trump 2.0, le 20 janvier, l’économie mondiale et les marchés nous ont fait vivre toute la gamme des émotions.
En effet, l’année a été riche en rebondissements. D’abord marquée par l’optimisme face à une déréglementation qui alimentait les espoirs d’une forte croissance, elle a ensuite basculé dans l’incertitude provoquée par les droits de douane réciproques, alors que ces derniers ont fait grimper les taux à long terme. Les marchés se sont stabilisés presque du jour au lendemain grâce à l’éventuel pivot de l’administration Trump, mais le narratif a de nouveau changé quand les mégacapitalisations technologiques — menées par Nvidia, Meta, Microsoft et les autres « sept magnifiques » — ont repris le devant de la scène. En somme, l’année fut marquée par des revirements rapides et des thèmes dominants.
Après une année aussi mouvementée, quel narratif macroéconomique les investisseurs peuvent-ils s’attendre à voir dominer en 2026?
Nous pensons que la nouvelle année s’inscrira dans la continuité de la précédente. Les États-Unis devraient maintenir la pression sur leurs partenaires commerciaux, le Canada étant en première ligne avec le renouvellement prévu de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM). L’intelligence artificielle (IA) devrait continuer à dominer l’actualité, et les investissements dans les centres de données devraient se maintenir à plusieurs centaines de milliards de dollars tout au long de l’année.
Faits saillants
- La politique monétaire mondiale accommodante devrait soutenir une accélération du cycle économique en 2026.
- Les actions canadiennes et des marchés émergents sont bien positionnées pour surperformer, soutenues par la hausse de l’or et l’optimisme envers les infrastructures.
- Nous maintenons une surpondération en actions, avec une préférence pour le Canada, l’Asie et les marchés émergents.
La croissance économique mondiale devrait se poursuivre à un rythme modéré, et l’inflation mondiale semble pouvoir être maintenue sous contrôle, du moins pour l’instant.
Mais là où notre vision se brouille, et où nous percevons une bifurcation, c’est dans le comportement de la Réserve fédérale américaine (Fed). Les marchés s’attendent à ce qu’elle leur fournisse tout le carburant qu’ils désirent pour continuer à avancer.
Les marchés en 2025 : un régime effréné
Une fois de plus, l’année s’est achevée sous le signe d’une performance exceptionnelle des marchés boursiers.
Après des rendements de 26 % en 2023 et de 25 % en 2024, l’indice S&P 500 a de nouveau affiché un rendement total impressionnant en 2025, soit 18 %. Si l’on se penche sur les données historiques de l’indice, la plus récente période de trois ans se classe dans le 90e centile, ce qui amène naturellement les investisseurs à se demander si les perspectives promises par l’IA sont déjà reflétées dans les cours.
Cependant, malgré les manchettes consacrées à l’IA, 2025 n’a pas été une année de surperformance pour les États-Unis. C’est en fait l’indice S&P TSX, ici même au Canada, qui a volé la vedette, avec un solide rendement total de 32 % sur l’année. Cette croissance a été alimentée par la flambée du prix de l’or et, semble-t-il, par un certain optimisme du marché face au plan du gouvernement Carney visant à stimuler les dépenses d’infrastructure et de défense.
Les marchés boursiers européens, asiatiques et émergents ont également surpassé le principal indice américain en 2025, mais nous avons terminé l’année avec des valorisations élevées et des attentes importantes quant à la croissance des bénéfices en 2026, du moins hors Japon.
En ce qui concerne les titres à revenu fixe, les taux des obligations de 10 ans ont diminué aux États-Unis, en raison des espoirs d’une nouvelle baisse de taux de la Fed, et ils sont demeurés stables au Canada, la Banque du Canada ayant terminé son cycle d’assouplissement.
L’année 2025 a été marquée par l’or, que les banques centrales accumulent afin de diversifier leurs réserves et s’éloigner des monnaies fiduciaires, et par le dollar américain, qui a connu une baisse en début d’année sous l’effet de la dédollarisation. Le dollar canadien a bien performé, ce qui devrait se poursuivre, car les perspectives du Canada demeurent sous-estimées.
En guise de réflexion sur l’année à venir, nous proposons donc d’aborder les questions suivantes.
Premièrement, où en sommes-nous dans le cycle économique mondial? Deuxièmement, quels seront les enjeux pour la puissante économie américaine en 2026? Troisièmement, quelles sont les perspectives pour l’économie canadienne? Et enfin, où les investisseurs pourront-ils faire de l’argent en 2026?
Démarrez vos moteurs, c’est parti!
Beaucoup de carburant pour les moteurs du cycle économique mondial
L’une des conversations les plus intrigantes pour notre équipe cette année est survenue en novembre.
Lors d’une table ronde réunissant quelques collègues économistes réputés, nous avons défendu une position minoritaire : nous ne sommes pas encore à mi-chemin du cycle économique mondial. Non seulement nos collègues ont-ils utilisé l’analogie habituelle du baseball pour décrire le cycle actuel comme étant « à la 7e ou 8e manche », mais ils ont également soutenu que la Fed était en retard et qu’elle mettait ce cycle en péril en ne réduisant pas ses taux plus rapidement.
Nous avons assez d’expérience pour comprendre l’effet de foule. Cependant, dans le cas présent, nous sommes convaincus que les données contredisent tout argument reposant sur la reprise en K de la période post-COVID.
Tout d’abord, notre propre indicateur avancé du cycle de politique monétaire indique une poursuite plutôt haussière du cycle actuel. En clair, cela signifie que les banques centrales mondiales ont coordonné la baisse de leurs taux directeurs au cours des 18 derniers mois, injectant ainsi beaucoup de carburant dans l’économie mondiale. Comme le montre le graphique ci-dessous, le cycle économique mondial devrait s’accélérer au cours de l’année, sous l’effet des politiques monétaires plus accommodantes et avec les décalages habituels.
Outre les politiques monétaires à l’échelle mondiale, nous voyons également d’un œil favorable l’approche pragmatique adoptée par la Chine pour sortir son économie de la récente période de faiblesse.
La Chine a terminé l’année 2025 avec sa politique la plus agressive depuis la crise financière mondiale, déterminée à défendre un objectif de croissance de 5 % malgré les vents contraires structurels et les frictions commerciales. Beijing a porté son déficit budgétaire à 4 % du PIB (un record) et a déjà émis 1 300 milliards de yuans d’obligations d’État spéciales à très long terme, ainsi que 4 400 milliards de yuans d’obligations municipales pour financer des projets d’infrastructure et stratégiques.
Du côté de la demande, les mesures de relance en faveur des consommateurs occupent désormais le devant de la scène : l’extension des programmes de reprise des biens durables, l’augmentation des retraites et les subventions des soins de santé ont marqué un tournant vers les dépenses des ménages. La politique monétaire demeure accommodante, avec des baisses de taux et des mécanismes de liquidité ciblés qui contribuent à stabiliser les marchés immobiliers et les flux de capitaux.
Au-delà de 2025, nous notons que le 15e plan quinquennal devrait donner la priorité à la souveraineté technologique, à l’énergie verte et à la croissance axée sur l’innovation, tout en rééquilibrant progressivement la consommation. Il s’agit d’une tâche délicate alors que la Chine cherche à renforcer sa résilience dans un cycle mondial plus lent.
Bien que notre vision macroéconomique pour 2026 soit clairement positive, il ne faut pas sous-estimer le principal risque qui menace notre scénario : la croissance mondiale à l’extérieur des États-Unis n’est pas synchronisée.
L’Europe a fortement réduit ses taux, mais là n’est pas le véritable enjeu. La question est de savoir si les réformes budgétaires et les gains de productivité se concrétiseront. Jusqu’à présent, les résultats sont discutables. De plus, sans changement structurel, les baisses de taux ne suffiront pas à assurer une reprise durable à elles seules.
Les marchés émergents sont divisés. Les exportateurs asiatiques gagnent du terrain, mais les économies fortement dépendantes des matières premières demeurent exposées aux fluctuations des prix et aux flux de capitaux. Le Canada semble mieux positionné, mais son cycle d’investissement est encore à la traîne. Ce manque d’alignement constitue un risque pour toute prévision optimiste à l’échelle mondiale. Si ces cycles évoluent dans des directions différentes, les mesures politiques et les flux de capitaux pourraient s’embrouiller. Et si le dollar américain ne s’affaiblit pas comme prévu, les conditions pourraient se resserrer, accentuant ainsi la volatilité.
Pour 2026, le scénario optimiste dépend de beaucoup plus que simplement la croissance. Il dépend de l’alignement des cycles, sans divergences susceptibles d’ébranler la confiance.
L’économie américaine toujours aux commandes
Avant d’aborder la Fed et le côté nominal des données, commençons par l’économie réelle.
Pour l’horizon 2026, les investissements liés à l’IA constituent la caractéristique principale du paysage macroéconomique américain.
Les dépenses d’investissement des grands joueurs infonuagiques devraient encore croître de 33 % après avoir bondi de 69 % en 2025. La construction de centres de données et les investissements en équipements technologiques représentent désormais 1,5 % du PIB.
Cependant, l’impact direct sur ce dernier demeure modéré : la plupart du matériel informatique est importé, ce qui compense en grande partie la hausse des investissements nationaux par un déficit commercial technologique plus important.
Ce qui compte réellement, ce sont les gains de productivité potentiels. La croissance de la productivité hors agriculture devrait avoisiner 1,5 %, un résultat modeste, car les effets globaux de l’IA sont encore lents à se répandre. Bien que les anecdotes et les microdonnées du secteur indiquent des gains d’efficacité dans certaines tâches administratives distinctes, les impacts macroéconomiques à grande échelle devraient être difficiles à cerner pendant encore quelques années. Selon McKinsey & Company, nous en sommes toujours à la phase de déploiement, 88 % des organisations interrogées utilisant l’IA dans au moins une fonction professionnelle, alors que seulement 7 % des entreprises interrogées déclarent avoir mis en place des applications IA matures.
En ce qui concerne les consommateurs américains, qui représentent collectivement l’agent économique le plus influent au monde, la reprise en forme de K tant discutée — dans laquelle les ménages à revenus élevés devancent leurs homologues à faibles revenus — est réelle. Cependant, elle n’est pas déterminante pour les perspectives macroéconomiques de 2026.
Bien que l’endettement global des ménages demeure à un niveau historiquement bas, la composition de la dette évolue. Les prêts automobiles et les soldes des cartes de crédit ont augmenté plus rapidement que les revenus des ménages à faibles revenus, ce qui a accru leur sensibilité aux taux d’intérêt.
À l’inverse, la dette hypothécaire, qui prédomine chez les ménages à revenus élevés, a été largement sécurisée à des taux bas, protégeant ainsi les consommateurs aisés contre le cycle de resserrement de la Fed. Cette bifurcation suggère que toute pression exercée par la hausse des coûts d’emprunt affectera de manière disproportionnée les dépenses discrétionnaires des ménages à faibles revenus, mais l’impact macroéconomique sera limité, à moins d’une aggravation des pertes d’emplois.
Au-delà de la segmentation des revenus, les tendances démographiques façonneront le comportement des consommateurs en 2026. L’entrée des millénariaux dans leur période de revenus maximaux et la participation croissante de la génération Z au marché du travail apportent un soutien structurel à la consommation totale, même si les babyboomers vieillissants orientent leurs dépenses vers les soins de santé et les expériences. Ces forces créent une base résiliente, suggérant que les vents contraires cycliques, comme le resserrement du crédit ou un ralentissement modéré du marché du travail, ne sont pas susceptibles de déclencher une réduction générale des dépenses en l’absence d’un choc grave.
Pour les consommateurs américains, le principal facteur de risque est l’effet de richesse. Les valorisations boursières et les prix de l’immobilier sont des facteurs de confiance essentiels pour les ménages à revenus élevés, qui représentent une part disproportionnée des dépenses discrétionnaires. Une correction brutale de l’un ou l’autre de ces marchés pourrait amplifier les risques de baisse, non pas à travers les canaux de revenus directs, mais plutôt le sentiment et l’épargne de précaution. À l’inverse, si les prix des actifs demeurent stables, la confiance des consommateurs devrait soutenir l’appétit pour le risque.
Sur le plan politique, l’année 2026 devrait être chargée.
Les républicains entament la campagne pour les élections de mi-mandat de 2026 sur des bases fragiles après une série de sondages décevants. L’un d’entre eux, réalisé en décembre par AP-NORC, a révélé que le taux d’approbation de la gestion de l’économie par le président Trump avait chuté à 31 %, contre 40 % en mars, soit le plus bas niveau de ses deux mandats. Pour la campagne de Trump, il est préoccupant de constater que la confiance quant à ses performances s’effrite même parmi les électeurs républicains, l’approbation de ces derniers étant passée de 78 % en mars à 69 % en décembre. Comme les questions d’abordabilité et du coût de la vie ont ravivé les inquiétudes des électeurs lors des récentes élections de mi-mandat, les républicains sont désormais contraints de faire de la résilience économique leur argument central.
En ce qui concerne le sentiment des électeurs, le Parti républicain semble aussi politiquement vulnérable sur des questions plus générales. Le sondage AP-NORC a également souligné l’affaiblissement de la confiance envers Trump en matière d’immigration et de criminalité, deux de ses domaines traditionnellement forts, avec une baisse de la cote de popularité de 49 % à 38 % sur l’immigration et de 53 % à 43 % sur la criminalité.
Ces reculs suggèrent que le message de fermeté sur la sécurité — qui caractérise Trump — perd de son efficacité, en particulier auprès des électeurs indépendants et indécis. En conséquence, alors que les élections de mi-mandat deviennent traditionnellement un référendum sur le parti du président, les républicains et Trump sont désormais confrontés à la perspective de vents contraires alimentés par l’inquiétude des consommateurs et l’affaiblissement de l’attrait des questions clés. Cette situation augmente les enjeux de la stratégie de campagne pour les mois à venir.
En résumé, les risques pour l’économie réelle en 2026 et au-delà sont les suivants :
- IA et technologie : un revers technologique dans le domaine de l’IA, qu’il soit matériel, logiciel ou réglementaire, pourrait rapidement modifier les perspectives pour les centres de données et les dépenses d’investissement, avec des répercussions sur les investissements et le sentiment des marchés financiers.
- Correction du marché : une correction boursière importante pourrait déclencher une récession, compte tenu de l’impact prépondérant des personnes à revenu élevé et de l’effet de richesse sur les dépenses de consommation. Comme la valeur nette des ménages atteint des niveaux records, la propension marginale à consommer à partir de la richesse demeure un canal de transmission essentiel.
- Risque budgétaire : bien que cela soit peu probable compte tenu de la récente signature du One Big Beautiful Bill, le gouvernement américain pourrait être contraint par les marchés de régler sa situation d’endettement plus tôt que prévu. Avec un déficit avoisinant 6,2 % du PIB et des inquiétudes croissantes quant à la viabilité de la dette (voir la discussion du mois dernier ici), tout resserrement budgétaire brutal pourrait peser sur la croissance.
En somme, alors que les dépenses d’investissement en IA et l’optimisme quant à la productivité occupent une place prépondérante dans le narratif, le cycle macroéconomique demeure vulnérable aux chocs liés à la technologie, à la politique budgétaire et aux prix des actifs.
Le scénario de consommation en forme de K est valable, mais il ne constitue pas le principal levier macroéconomique.
En ce qui concerne les aspects nominaux et financiers, nous invitons quiconque est fermement convaincu que la Fed doit assouplir sa politique sans délai à examiner attentivement les conditions financières (voir graphique ci-dessous).
Selon les estimations de Bloomberg, les conditions financières (l’environnement global des emprunts, des prêts et des investissements dans une économie, déterminé par les taux d’intérêt, la disponibilité du crédit, les prix des actifs et les taux de change) continuent d’être largement positives. Dans ce contexte, toute idée selon laquelle la Fed devrait se précipiter pour procéder à plusieurs baisses semble malavisée, car elle repose uniquement sur la partie du mandat de la Fed relative au marché du travail et ignore le mandat clé relatif à l’inflation.
Certes, le taux de chômage aux États-Unis a augmenté de près d’un point de pourcentage en un an, mais le niveau de chômage et l’équilibre actuel entre faibles embauches et faibles licenciements ne justifient pas une politique monétaire plus accommodante.
En considérant le problème de la Fed sous un angle différent, nous estimons qu’une politique monétaire américaine effectivement restrictive se manifesterait comme suit : la courbe des taux serait inversée, les actions seraient en difficulté, l’inflation serait inférieure à l’objectif, les dépenses de consommation seraient modérées, etc. Cependant, comme on observe plutôt l’inverse dans tous les domaines, notre argument reste le même : ce sont principalement les pressions politiques qui se frayent un chemin jusqu’au comité FOMC.
Même si nous estimons que les conditions financières et le marché du travail ne justifient pas de baisses de taux, nous nous rangeons du côté des marchés et prévoyons plusieurs baisses de taux en 2026. Voici pourquoi.
Fed : sous pression politique
L’année 2026 sera déterminante pour la Fed, marquée par une transition à la tête de l’institution et un risque accru en matière de gouvernance.
La saga débutera en janvier, lorsque le siège de Stephen Miran deviendra vacant. Cela permettra à la Maison-Blanche de nommer facilement Kevin Hassett ou Kevin Warsh (tous deux en tête dans la course au moment d’écrire ces lignes) au poste de gouverneur, puis de président lorsque le mandat de Jerome Powell prendra fin en mai.
La première tâche du nouveau président sera d’aligner la banque centrale sur les priorités de l’administration actuelle. Même si les mandats de la plupart des autres gouverneurs sont longs, la structure du conseil d’administration pourrait changer si les pressions politiques ou les départs volontaires s’accélèrent. La probabilité que Lisa Cook soit évincée est faible, mais cela ouvrirait la voie à une majorité plus marquée en faveur de Trump.
Néanmoins, cette transition à la tête de la Fed pourrait modifier le ton et la fonction de réaction de l’institution. Un président aligné sur Trump serait susceptible de privilégier la croissance et l’emploi plutôt que les risques d’inflation, laissant entrevoir une tendance à des baisses de taux plus précoces en cas de ralentissement économique. Les marchés devraient s’attendre à des références plus fréquentes à la « flexibilité politique » et à une moindre importance accordée aux indications prospectives, ce qui augmenterait la volatilité autour des réunions du FOMC. Bien que le cadre institutionnel de la Fed limite les changements abrupts, même des modifications subtiles dans le message — notamment la priorité accordée aux gains salariaux réels ou la réduction du bilan — pourraient influencer les anticipations et les primes de terme.
Notre scénario de base est celui d’une Fed divisée, mais fonctionnelle. Nous envisageons la possibilité de quelques autres scénarios, mais les éléments politiques sont essentiels à nos perspectives, les considérations macroéconomiques passant au second plan.
Notre évaluation de l’équilibre des risques nous amène à anticiper un taux moyen pondéré de 3,25 % d’ici la fin de l’année, soit seulement 50 points de base de moins que le niveau de la fin 2025. Par conséquent, nous anticipons nous aussi des baisses, même si nous nous y opposons, mais nous sentons bien que la manière dont le marché évaluera ces baisses sera volatile tout au long du processus.
Canada : au-delà du pétrole, du froid et du hockey
L’année 2025 a été celle du S&P/TSX, les sociétés minières aurifères ayant réalisé des gains supérieurs à 135 %. Cependant, sur le plan économique, la croissance a été plutôt modérée, atteignant probablement à peine plus de 1 %.
Alors que le Canada était balayé par le tsunami Trump et que la Banque du Canada proclamait sa victoire contre l’inflation, il incombait au gouvernement fédéral de transformer une économie fortement dépendante des États-Unis en une puissance énergétique autonome.
Bien que le dernier budget ait clairement affiché les ambitions en matière de renouveau économique, il manque encore un élément décisif pour stimuler les investissements des entreprises.
Les projets d’infrastructure et de construction nationale d’Ottawa sont prometteurs, mais leur impact macroéconomique se fera davantage sentir en 2027 et 2028. Pour 2026, le défi consistera à changer le sentiment des entreprises, qui chancelle depuis près de trois ans. La réglementation s’assouplit, mais reste un frein, et la volonté des provinces de collaborer s’érode, ce qui ajoute à l’incertitude.
Malgré ces vents contraires, nous estimons que le consensus est trop pessimiste quant aux perspectives économiques du Canada. Le dernier consensus prévoit une nouvelle année de croissance modérée du PIB en 2026, à 1,2 %, ce qui est plutôt faible pour une économie qui pourrait bénéficier dès le départ d’un élan alimenté par la consommation et l’investissement. Les fondements que sont la stabilité des institutions, une main-d’œuvre qualifiée et un regain d’intérêt pour la productivité plaident tous en faveur d’une analyse plus favorable.
Sur le plan extérieur, la diversification commerciale devient une priorité stratégique. L’objectif d’Ottawa de doubler les échanges commerciaux avec les pays autres que les États-Unis au cours de la prochaine décennie constitue un virage audacieux, opportun dans un contexte d’incertitude entourant l’ACEUM et la politique américaine. Même si les contraintes imposées à M. Trump rendent le scénario le plus pessimiste moins probable, le Canada doit accélérer la mise en place de nouveaux corridors commerciaux et approfondir ses liens avec l’Europe et l’Asie afin de réduire sa vulnérabilité aux chocs politiques américains.
La révision de l’ACEUM en 2026 ajoute un risque supplémentaire. Les signaux envoyés par Washington laissent entrevoir un glissement vers des accords bilatéraux, ce qui pourrait signifier une renégociation des conditions dans un contexte plus transactionnel, perturbant les chaînes d’approvisionnement et augmentant les coûts de mise en conformité.
Cependant, un cadre bilatéral pourrait permettre au Canada d’obtenir des dispositions sur mesure en matière d’énergie et de commerce numérique. Le levier d’Ottawa réside dans son rôle de fournisseur énergétique essentiel des États-Unis, ce qui limite la portée de droits de douane agressifs. Néanmoins, la fragmentation de l’architecture commerciale nord-américaine constitue un risque réel.
Le Canada dispose-t-il d’un pouvoir de négociation à l’ère Trump? Oui. En tant que premier producteur de pétrole et de gaz fournissant plus de la moitié des importations pétrolières des États-Unis, le Canada possède un avantage. L’imposition de droits de douane sur l’énergie canadienne entraînerait une augmentation des coûts pour les consommateurs américains, une mesure politiquement coûteuse. Pour le Canada, l’énergie est un atout majeur.
En fin de compte, la diversification est essentielle. L’oléoduc Trans Mountain ouvre des corridors vers le Pacifique, réduisant la dépendance vis-à-vis des États-Unis et renforçant la position mondiale du Canada. Ce pivot vers l’Asie et l’Europe annonce un modèle de croissance qui tire parti de la force des ressources tout en préparant la transition énergétique. Le mandat pour 2026 est clair : agir avec confiance. Le Canada dispose des outils nécessaires pour transformer l’incertitude en opportunité.
Cependant, ce dont le Canada a le plus besoin aujourd’hui, c’est de cohésion au niveau provincial. Bien que nous soyons généralement optimistes concernant l’économie, nous reconnaissons que le plan ambitieux mis en place par le Canada ne sera réalisable que dans la mesure où il est accepté par la société.
Notre approche fondée sur des scénarios peut se résumer comme suit :
- Scénario optimiste : l’ACEUM est renouvelé avec seulement quelques modifications mineures. Les entreprises réagissent aux signaux politiques et à l’assouplissement de la réglementation en augmentant leurs investissements, en particulier dans les secteurs technologiques et ceux qui favorisent la productivité. Les provinces collaborent pour continuer à assouplir la réglementation interne sur le commerce interprovincial. La diversification du commerce extérieur s’accélère, avec des progrès concrets sur de nouveaux corridors et des accords au-delà des États-Unis. La croissance économique canadienne surprend à la hausse, dépassant le consensus et jetant les bases d’une solide progression des actifs canadiens, en particulier du dollar canadien. Probabilité : faible, entre 10 et 20 %.
- Scénario de référence : un nouvel accord commercial avec les États-Unis est conclu au second semestre 2026, consistant soit en une modification de l’ACEUM, soit en un nouvel accord bilatéral. Les investissements des entreprises reprennent progressivement, mais demeurent sous leur potentiel en raison de la persistance des barrières réglementaires et interprovinciales. Bien que les projets d’infrastructure et les efforts de diversification commerciale progressent, leur impact sera plus visible à partir de 2027. Le Canada affiche une croissance respectable, légèrement supérieure à celle prévue par le consensus. Probabilité : élevée, 50 à 60 %.
- Scénario pessimiste : le processus de renouvellement de l’ACEUM s’enlise en raison de l’attitude intransigeante de Trump, laissant les exportateurs canadiens en difficulté. Les investissements des entreprises stagnent dans un contexte d’incertitude réglementaire persistante et de manque de coopération provinciale. Les efforts de diversification commerciale faiblissent, exposant le Canada aux risques politiques américains. La croissance est décevante et le pessimisme du consensus s’avère justifié. Probabilité : moyenne, 20 à 30 %.
Où les investisseurs pourront-ils faire de l’argent en 2026?
2026 s’annonce comme l’année où les marchés seront tiraillés entre résilience et incertitude. La flexibilité sera donc votre alliée. Bien que la croissance devrait s’accélérer, la liste des risques est longue. L’inflation est en baisse, mais il reste encore du chemin à parcourir. C’est toujours la politique qui mène la danse, et l’IA reste le principal thème d’investissement.
Commençons par les actions.
Les États-Unis sont toujours le principal acteur mondial. Nous prévoyons que le S&P 500 continuera de monter et pourrait à nouveau afficher des rendements à deux chiffres. La croissance des bénéfices semble solide, d’autant plus que le cycle d’investissement dans l’IA s’étend au-delà des grandes entreprises technologiques. Les titres financiers et cycliques suscitent de plus en plus d’intérêt. Les valorisations sont élevées, mais les rachats d’actions et les ratios de distribution le sont également. Les principaux risques qui menacent notre point de vue sont que la Fed ne fournisse pas le carburant tant souhaité et que la frénésie des dépenses dans les centres de données s’arrête brusquement en raison d’une évolution technologique ou commerciale imprévue.
Les actions canadiennes se trouvent actuellement dans une situation intéressante.
Le ton général des investisseurs mondiaux est prudemment positif, avec quelques facteurs clairs à surveiller. La Banque du Canada ayant probablement terminé de relever son taux directeur et l’inflation étant sous contrôle, le contexte macroéconomique de 2026 s’annonce très attrayant.
Le S&P/TSX demeure relativement bon marché par rapport au S&P 500, et les bénéfices attendus sont élevés. Si l’on ajoute à ces perspectives une possible rotation mondiale des technologies vers les valeurs ou les titres cycliques, et si l’or continue de briller, les actions canadiennes pourraient connaître une nouvelle année de surperformance, en particulier grâce à la composition sectorielle de l’indice. Il convient toutefois de surveiller le dollar canadien et les prix mondiaux des matières premières, car ceux-ci pourraient rapidement influencer le sentiment des investisseurs.
L’Europe se trouve en meilleure posture qu’elle ne l’a été depuis des années. Les mesures de relance budgétaire en Allemagne commencent enfin à porter fruit et les perspectives de bénéfices pour la région sont positives. La BCE devrait maintenir ses taux à un niveau bas, ce qui pourrait encore gonfler les valorisations. Cependant, comme l’Europe est confrontée à des défis structurels, tels que la compétitivité et la fragmentation politique, il ne faut pas s’attendre à une progression linéaire.
Les perspectives du Japon sont plus difficiles à cerner. La croissance est modérée et le yen devrait s’apprécier à mesure que la Banque du Japon normalise progressivement sa politique. Les actions japonaises sont sous-pondérées dans la plupart des portefeuilles mondiaux, et cela ne changera probablement pas à moins d’un véritable changement de la demande intérieure ou d’une surprise de la part de la Banque du Japon.
Les marchés émergents abordent l’année 2026 en position de force. La politique est prudente, les bilans sont sains et l’Asie en particulier devrait bénéficier du cycle technologique mondial. Taïwan et la Corée se démarquent. L’Amérique latine est confrontée à une certaine volatilité liée aux élections, mais dans l’ensemble, les actifs des marchés émergents semblent résilients. Nous prévoyons que les marchés émergents surperformeront les indices des pays développés en 2026.
Passons maintenant aux titres à revenu fixe.
Le comportement de la Fed demeure une carte mystère. Compte tenu de la nature politique des perspectives à cet égard (voir notre section précédente sur le sujet), nous abordons la nouvelle année avec beaucoup d’humilité.
À l’échelle mondiale, nous prévoyons une hausse des taux à long terme à mesure que les banques centrales s’orientent vers la neutralité. Nous estimons que le taux des obligations américaines à 10 ans s’approchera de 4,5 % d’ici la fin de l’année, tandis que les taux canadiens pourraient également bondir vers 4,0 % grâce à une performance économique supérieure aux prévisions. Les principaux risques pour les taux sont le dérapage budgétaire, les chocs pétroliers et l’impact imprévisible de l’IA : sera-t-elle désinflationniste ou fera-t-elle grimper les taux d’équilibre?
Les écarts de crédit devraient se creuser légèrement à mesure que le cycle américain deviendra plus instable. Le crédit canadien et européen est favorisé, en particulier le crédit de qualité supérieure, grâce à la santé des banques et à l’effet différé des baisses de taux passées. Les principaux risques sont une correction du marché, des erreurs politiques et l’impact de l’IA sur l’emploi et les secteurs à fort effet de levier.
En ce qui concerne les devises, nous estimons que la baisse du dollar américain devrait se poursuivre. L’euro devrait s’apprécier, avec un taux EUR/USD pouvant atteindre 1,25 d’ici la fin de l’année, tandis que le dollar canadien devrait progresser vers 75 cents. Le principal risque pesant sur ces perspectives, bien que peu probable, réside dans la possibilité que les États-Unis connaissent un essor de leur productivité grâce à l’IA, ce qui donnerait un second souffle au dollar. Toutefois, si les avantages de l’IA se généralisent à l’échelle mondiale, d’autres devises pourraient rattraper leur retard.
Du côté des matières premières, les perspectives pour le pétrole sont baissières. La croissance de l’offre des producteurs membres et non membres de l’OPEP dépasse la demande, et l’essor des véhicules électriques commence à se faire sentir. L’OPEP pourrait réduire ses quotas si les prix venaient à baisser de manière excessive, mais il est difficile d’envisager un retour à des marchés tendus avant 2027.
L’or continue de se démarquer en tant qu’actif stratégique en 2026. Puisque les banques centrales signalent la fin des hausses de taux et que l’inflation montre des signes de ralentissement, l’attrait de l’or comme couverture reste fort. L’incertitude entourant la croissance mondiale, les risques géopolitiques persistants et la possibilité d’un affaiblissement du dollar américain sont autant d’arguments en faveur de la détention d’or. Si la volatilité augmente ou si les taux de rendement réels baissent, l’or pourrait bénéficier de nouveaux afflux de capitaux provenant à la fois des investisseurs institutionnels et particuliers. Bref, l’or continue de jouer ses rôles d’agent de diversification et de valeur refuge dans les portefeuilles.
En conclusion
La souplesse sera essentielle en 2026. Le scénario de référence est constructif, avec une croissance américaine résiliente, des politiques favorables et la poursuite du cycle d’investissement dans l’IA. Cependant, les marchés restent vulnérables aux chocs. Il convient de privilégier la qualité, la liquidité et la capacité à s’adapter rapidement à l’évolution de la situation.
POSITIONNEMENT
Nous continuons de surpondérer les actions, malgré la forte hausse qu’a connue cette classe d’actifs en 2025. Tout en reconnaissant les valorisations plus élevées et les attentes supérieures qui les accompagnent, nous estimons que la situation générale demeure favorable, avec une croissance continue des bénéfices dans un contexte d’assouplissement général de la politique monétaire et des conditions financières. Nous nous attendons à une amélioration de la croissance au premier semestre de 2026, ce qui pourrait entraîner un élargissement ou un changement de leadership dans les marchés boursiers, allongeant ainsi la liste des bénéficiaires. Dans ce contexte, nous privilégions le Canada ainsi que les marchés asiatiques et émergents, qui affichent toujours des valorisations attrayantes par rapport aux marchés développés et où la dynamique des bénéfices s’améliore. Au Canada, nous pensons que l’exposition aux matières premières sera avantageuse dans un contexte de pressions inflationnistes persistantes à l’échelle mondiale et de dépenses d’investissement soutenues.
Notre position vis-à-vis les obligations gouvernementales demeure nuancée. La reprise attendue de la croissance américaine au premier semestre de 2026, à laquelle s’ajoutent la prédominance budgétaire et des émissions importantes, exerce des pressions sur les primes de terme mondiales et remet en question la pertinence d’allonger la durée. Nous reconnaissons que les taux plus élevés qui sont maintenant disponibles offrent de meilleurs rendements attendus et une capacité accrue de couverture efficace dans les portefeuilles. Cela dit, malgré des valorisations plus favorables, le contexte macroéconomique actuel demeure difficile pour les titres à revenu fixe. En ce qui concerne les titres à revenu fixe canadiens, nous pensons que les marchés s’attendront de plus en plus à une hausse des taux de la Banque du Canada d’ici la fin de 2026, surtout si l’environnement s’améliore pour la croissance canadienne. Ce contexte influence également notre positionnement dans les devises : nous continuons de préférer le dollar canadien au dollar américain. Dans cet environnement, nous préférons conserver une certaine flexibilité et éviter d’ajouter au risque de durée pour l’instant.
Notre opinion sur les matières premières, en particulier les métaux de base comme le cuivre, l’aluminium et le zinc, demeure positive. Ces actifs ont toujours constitué une couverture efficace contre l’inflation et devraient bénéficier de l’amélioration prévue de la croissance mondiale et de la hausse des anticipations inflationnistes, alors que la Fed réduit ses taux dans un contexte de reprise cyclique. Au-delà de l’attrait cyclique de ces métaux, les facteurs structurels de la demande (électrification, développement des infrastructures d’IA et transition énergétique), soutiennent les perspectives à long terme.