Macro & Stratégie - Février 2026

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« Livin’ on the edge » : composer avec une Amérique imprévisible

La doctrine Donroe, le Canada, l’OTAN et votre portefeuille

« There’s something right with the world today,
And everybody knows it’s wrong,
But we can tell ’em no or we could let it go,
But I would rather be a hanging on. »
– Aerosmith

De Monroe à Donroe : l’écho contemporain d’une doctrine bicentenaire

Tous les 20 ou 30 ans, la politique étrangère américaine se refait une image.

Ce qui n’était au départ qu’une brève série de paragraphes dans le discours sur l’état de l’Union prononcé par le président James Monroe en 1823 est devenu une sorte de système d’exploitation pour la puissance américaine dans l’hémisphère occidental. Le message initial était assez simple : désormais, les puissances européennes n’étaient plus les bienvenues pour coloniser les Amériques ou y intervenir, en échange de quoi les États-Unis ne s’impliqueraient pas dans les guerres européennes. Il s’agissait alors davantage d’une aspiration que d’une ligne ferme crédible. La jeune république ne disposait pas encore de la puissance nécessaire pour imposer sa volonté à l’ensemble d’un continent.

Les choses ont évidemment changé. À mesure que la puissance économique et militaire des États-Unis s’étendait d’un océan à l’autre, puis outre-mer, la doctrine Monroe est passée d’une déclaration rhétorique à une revendication concrète de primauté hémisphérique. Elle a été renforcée par le corollaire Roosevelt, énoncé par le président Theodore Roosevelt en 1904 : la célèbre politique du « gros bâton » qui justifiait l’intervention dans les pays d’Amérique latine jugés instables, apparemment pour empêcher les puissances européennes de revenir dans la région. En pratique, les objectifs géopolitiques se sont mêlés aux intérêts des entreprises. La situation a entraîné une série d’interventions militaires et politiques en Amérique centrale et dans les Caraïbes (la « guerre des Bananes »), qui ont infligé des dommages durables à la réputation des États-Unis dans la région.

Le prochain ajustement est survenu dans les années 1930 avec le président Franklin Roosevelt et la « politique de bon voisinage ». Washington a alors renoncé aux interventions directes, en partie pour renforcer l’unité continentale face à la menace fasciste grandissante.

Après la Seconde Guerre mondiale, la guerre froide a entraîné à nouveau une évolution. Dans le but de freiner le communisme, Washington a soutenu ou encouragé des tentatives de changement de régime et des coups d’État à travers toute l’Amérique latine, de l’invasion ratée de Cuba en 1961 au renversement du président Salvador Allende au Chili en 1973.

La dernière intervention majeure a eu lieu au Panama en 1989, sous prétexte officiel de renverser un dictateur impopulaire, Manuel Noriega, et de le poursuivre pour trafic de drogue. Les intérêts commerciaux liés au canal de Panama pesaient également lourd dans la balance. Ça vous dit quelque chose ? Avec la fin de la guerre froide, les interventions ont largement disparu. Et en 2013, dans un discours du secrétaire d’État John Kerry, l’administration Obama est allée jusqu’à déclarer la fin de la doctrine Monroe.

Mais les doctrines ne meurent pas, elles évoluent. La doctrine dite « Donroe », mélange d’instincts de l’ère Trump et de politiques, s’apparente fortement à un effort de recentrage du pouvoir américain sur son voisinage immédiat. La stratégie de sécurité nationale de la Maison-Blanche publiée en novembre 2025 met l’accent sur deux enjeux : le trafic de drogue en provenance d’Amérique latine, en particulier le fentanyl, et la nécessité d’empêcher des adversaires comme la Chine et la Russie de prendre le contrôle des infrastructures stratégiques ou des ressources naturelles de la région. L’opération militaire au Venezuela et l’insistance mise par la suite sur le fait que les intérêts américains devraient façonner l’avenir de son secteur pétrolier s’inscrivent dans cette logique.

On y retrouve clairement des échos du corollaire Roosevelt. Une fois de plus, l’objectif est d’éloigner les puissances rivales de l’hémisphère et de promouvoir les intérêts commerciaux américains. Mais il existe aussi des différences importantes.

L’appétit pour des occupations à grande échelle en Amérique latine semble limité, tant à Washington que dans l’opinion publique. Les enjeux économiques sont moins importants qu’au début du 20e siècle, et le fondement idéologique de la doctrine Roosevelt est beaucoup plus difficile à cerner. La doctrine Monroe et ses corollaires historiques étaient régulièrement justifiés par un cadre moral, qu’il s’agisse de promouvoir la culture occidentale, de défendre les républiques contre les empires coloniaux, de promouvoir la démocratie ou de contenir le communisme. Les actions ne correspondaient pas toujours aux paroles, mais elles avaient un objectif supérieur déclaré. Dans la version actuelle, la justification semble souvent plus personnelle et transactionnelle.

Cette absence de principes directeurs clairs est importante pour les investisseurs. Sans cadre cohérent, une doctrine tend à donner lieu à des décisions erratiques, à des revirements brusques et à des surprises. La doctrine Donroe est moins une grande stratégie qu’un ensemble d’impulsions : accent mis sur les victoires visibles, propension à recourir aux droits de douane et aux sanctions, volonté d’utiliser les alliances comme des armes et profonde méfiance à l’égard des contraintes multilatérales.

Cela dit, des contraintes structurelles évidentes limitent la portée de toute doctrine moderne. Dans l’économie mondialisée d’aujourd’hui, les pays d’Amérique latine sont profondément intégrés dans des réseaux commerciaux, des chaînes d’approvisionnement et des flux de capitaux qui s’étendent bien au-delà de l’hémisphère occidental. La Chine est devenue l’un des principaux partenaires commerciaux d’une grande partie de la région, les investisseurs européens sont implantés dans des secteurs allant de l’énergie aux transports, et les partenariats technologiques s’étendent de plus en plus à tous les continents. Dans l’environnement actuel, l’ancien principe consistant à écarter les puissances extérieures de l’hémisphère est difficile à appliquer. L’interdépendance économique fait contrepoids au contrôle géopolitique.

Les réalités diplomatiques vont dans le même sens. La plupart des pays des Amériques entretiennent désormais des relations diversifiées avec de multiples acteurs mondiaux, de Beijing à Bruxelles en passant par les institutions multilatérales. Cette diplomatie multipolaire rend l’influence unilatérale des États-Unis beaucoup moins évidente qu’au 20e siècle. Washington peut toujours influencer les résultats, mais il doit le faire aux côtés d’autres acteurs majeurs qui ont établi une présence politique et économique légitime dans la région.

Le Canada dans l’ombre d’un voisin agité

Le Canada a longtemps fait figure d’exception dans l’univers Monroe.

Fondamentalement, la doctrine visait à empêcher les Européens de s’implanter en Amérique. Le Canada, lié à l’Empire britannique puis au Commonwealth, n’a jamais été considéré comme une cible d’intervention américaine, mais plutôt comme un partenaire ayant son propre poids diplomatique, militaire et économique. Avec le déclin de l’Empire britannique, le Canada est demeuré une démocratie stable, largement alignée sur les intérêts américains, ce qui a encore réduit toute incitation à une ingérence ouverte.

Cela ne signifie pas pour autant que les Canadiens ont toujours été détendus vis-à-vis de leur gigantesque voisin.

C’est notamment la crainte d’être absorbés par un empire américain qui a motivé la création de la Confédération en 1867. On estimait alors que l’union de plusieurs provinces était plus résiliente que plusieurs petits États souverains côtoyant une puissance expansionniste. Au fil du temps, le Canada a adopté de multiples politiques visant à préserver sa souveraineté politique, économique et culturelle, allant de l’examen des investissements étrangers aux règles relatives au contenu culturel. En même temps, la guerre froide et l’émergence des États-Unis en tant que superpuissance ont poussé le Canada vers une intégration plus profonde, en particulier dans les domaines du commerce et de la sécurité.

Le virage de Donroe ravive certaines de ces inquiétudes historiques. Sur papier, l’accent que met la stratégie américaine sur l’Amérique du Nord devrait profiter au Canada. Le régime tarifaire de Trump a plutôt favorisé le commerce continental, ce qui va dans le sens d’une chaîne d’approvisionnement résiliente et des rapprochements économiques avec les pays alliés (« friend shoring »). En pratique, cependant, la méthode employée a été douloureuse. Les droits de douane sur l’acier, l’aluminium et les automobiles, les menaces d’annulation des accords de libre-échange et les attaques personnelles contre les leaders canadiens ont ajouté un nouveau degré d’incertitude dans les relations entre les deux pays.

Il est souvent difficile de savoir si ces menaces sont des tactiques de négociation ou des objectifs réels. Quoi qu’il en soit, elles obligent Ottawa à se préparer à un monde où son partenaire économique le plus important est également une source imprévisible de risques.

Il en résulte un changement subtil mais réel dans la politique canadienne. Aujourd’hui, la volonté de diversifier les échanges commerciaux, de développer de nouveaux marchés d’exportation et de réduire la dépendance unilatérale envers les États-Unis est beaucoup plus explicite. Cela ne signifie pas pour autant un découplage, qui serait irréaliste étant donné la géographie, l’intégration des chaînes d’approvisionnement et les intérêts communs en matière de sécurité. Cependant, les efforts visant à développer des alternatives et à défendre les priorités nationales sont désormais plus réfléchis, même au prix de tensions avec Washington.

La doctrine Donroe comporte deux niveaux de risque. Premièrement, les chocs politiques directs tels que les droits de douane, les mesures frontalières ou la pression réglementaire.

Deuxièmement, les répercussions indirectes des actions des États-Unis en Amérique latine ou dans l’Arctique, qui modifient les primes de risque mondiales, les flux de matières premières ou les structures d’alliances dans lesquelles le Canada est profondément ancré.

L’OTAN à la croisée des chemins et l’hypothèse d’un monde sans elle

Une analyse de la doctrine Donroe ne saurait être complète sans l’examen de son impact sur les alliances, en particulier l’OTAN.

Un repli sur les Amériques implique un désengagement vis-à-vis de l’Europe. En effet, la rhétorique de l’ère Trump, telle que la critique du partage des charges européennes et la remise en question ouverte de la valeur de l’OTAN, a déjà mis à rude épreuve l’architecture transatlantique. Cependant, avec les menaces d’annexion du Groenland, un processus de désengagement qui aurait pu être lent pourrait se transformer en un divorce conflictuel (au moment d’écrire ces lignes, un « cadre pour un futur accord sur la sécurité dans l’Arctique » a été évoqué, apaisant quelque peu les tensions).

Bien qu’un tel scénario semble encore relever davantage du risque extrême que du scénario de référence, il n’est plus impensable d’imaginer un avenir où l’OTAN serait vidée de sa substance, voire dissoute.

Pour l’Europe, l’absence ou le manque de fiabilité des garanties de sécurité américaines accélérerait la tendance à l’autonomie stratégique. Les dépenses en matière de défense, déjà en hausse depuis l’invasion de l’Ukraine, augmenteraient probablement encore davantage, les pays se précipitant pour se réarmer. L’Allemagne et d’autres économies clés seraient soumises à des pressions pour transformer leur capacité industrielle en puissance militaire. Une Europe plus fragmentée et militarisée deviendrait moins prévisible et peut-être moins stable, même si elle restait formellement alliée à l’Amérique du Nord, sous une forme plus souple.

Pour la Russie, la tentation de sonder et de tester les limites serait plus grande. Le simple fait que l’OTAN existe, avec l’engagement de l’article 5, constitue un puissant moyen de dissuasion. Sans elle, ou avec une version affaiblie, le risque d’erreur de calcul augmente.

Le Canada se trouve à la croisée de tous ces changements. C’est à la fois un pays nord-américain et un pays atlantique. Un affaiblissement de l’OTAN inciterait le Canada à augmenter ses dépenses en matière de défense, à repenser sa position dans l’Arctique et l’Atlantique, et à renégocier son rôle stratégique avec Washington et les capitales européennes. L’Arctique mérite une mention particulière : avec la fonte des glaces et l’ouverture des routes maritimes, la région devient plus importante pour l’exploration des ressources et le positionnement militaire. L’intérêt des États-Unis pour le Groenland, quelle que soit sa faisabilité, s’inscrit dans cette dynamique. Le Canada, avec son vaste territoire arctique et son partenariat de longue date avec le NORAD, ne peut échapper à la concurrence stratégique dans le Grand Nord.

D’un point de vue macroéconomique, un monde où l’OTAN perdrait de son importance présenterait des risques extrêmes plus élevés. Les budgets militaires grimperaient, les situations budgétaires se détérioreraient et la distribution de probabilité de l’inflation s’élargirait. La trajectoire prévue de la croissance mondiale ne devrait pas changer radicalement à court terme. En revanche, la variance autour de cette trajectoire, elle, évolue.

Implications pour les marchés et les investissements : de la doctrine au positionnement

L’impact direct de la plupart des événements géopolitiques sur les marchés mondiaux est modeste et de courte durée. Même les conflits majeurs laissent rarement des traces durables dans les graphiques boursiers à long terme, sauf s’ils modifient des fondamentaux, tels que l’approvisionnement énergétique mondial ou la configuration des réseaux commerciaux.

En ce sens, le cas du Venezuela est emblématique. Il s’agit d’un petit pays sur le plan économique. Et même s’il dispose de réserves pétrolières très importantes, une augmentation significative de la production nécessiterait des investissements massifs (100 G$ au cours de la prochaine décennie, selon les experts) et plusieurs années de reconstruction. Par conséquent, tout porte à croire que le départ de Nicolas Maduro n’aura pas d’impact durable sur les marchés mondiaux de l’énergie.

Cependant, le changement induit par la doctrine Donroe est structurel. La fragmentation croissante et les tensions entre les alliances devraient perdurer au- delà du mandat de l’administration Trump.

Globalement, ces facteurs auront une incidence sur la construction de portefeuille. Certaines tendances déjà établies sont appelées à perdurer, tandis que de nouveaux risques apparaissent.

Voici les principales implications pour les investisseurs canadiens :

1. Prévoir une prime de risque géopolitique plus élevée

Le caractère plus transactionnel de la politique étrangère américaine et l’érosion des normes multilatérales laissent présager des chocs politiques plus fréquents. La mise en place ou la suppression de droits de douane peut se faire du jour au lendemain. Les sanctions, les contrôles à l’exportation et les règles relatives au contenu national peuvent rapidement remodeler les chaînes d’approvisionnement. La volatilité des marchés ne sera pas élevée jour après jour, mais la probabilité de hausses soudaines est plus grande que lors de la mondialisation bénigne après la chute de l’Union soviétique. La volatilité n’est pas qu’un risque, elle constitue également un atout pour ceux qui savent en tirer parti de manière systématique grâce à des stratégies consistant à vendre de l’assurance lorsque la peur est excessive et à en acheter lorsque la complaisance revient. Les métaux précieux constituent également une assurance à long terme contre les erreurs politiques, les surprises inflationnistes et la perte de confiance dans les monnaies fiduciaires.

2. Une vaste diversification mondiale s’impose

Au cours des 15 dernières années, les marchés boursiers américains ont largement surperformé le reste du monde, grâce à une combinaison unique de domination technologique, de croissance intérieure, de crédibilité institutionnelle et de vigueur du dollar. Avec le repli des États-Unis vers leur hémisphère et le recours plus agressif à la coercition économique, certains de ces avantages risquent de s’éroder avec le temps. Nous ne préconisons pas une position courte sur les États-Unis, mais nous demeurons prudents quant à l’extrapolation des rendements relatifs du passé. En même temps, nul ne peut prédire la prochaine source de tensions. Il convient donc de privilégier une large diversification régionale plutôt qu’une concentration sur les États-Unis ou d’autres marchés spécifiques. Étant donné que les États-Unis sont désormais une source d’incertitude plutôt qu’un refuge en période de turbulences, les investisseurs pourraient se détourner du dollar américain et se désengager des obligations du Trésor américain.

3. Privilégier les actifs réels et les matières premières, avec un biais canadien

La fragmentation, la relocalisation et l’augmentation des dépenses liées à la défense sont autant de facteurs favorisant les actifs réels. La volonté de sécuriser l’approvisionnement en énergie, en denrées alimentaires, en métaux et en terres rares est un thème durable. Le Canada est bien positionné en tant que producteur de pétrole, de gaz, d’uranium, de potasse et de divers métaux, dont plusieurs sont essentiels aux technologies vertes. Le risque de concurrence du Venezuela est réel, maintenant que les États-Unis ont pris des mesures pour sécuriser leurs réserves de pétrole, mais il reste gérable dans la plupart des scénarios. Dans le cadre d’un portefeuille diversifié, nous privilégions une allocation stratégique aux matières premières et aux producteurs canadiens qui affichent un bilan solide et des politiques crédibles d’allocation du capital.

4. La prudence est de mise face aux obligations nominales de longue durée

Le contexte actuel pose des défis pour le secteur des titres à revenu fixe traditionnels. Comme nous l’avons souligné dans notre publication de décembre, plusieurs économies avancées sont confrontées à des trajectoires budgétaires difficilement conciliables avec une tendance de faible inflation et des taux nominaux bas. L’augmentation des dépenses en matière de défense, les investissements liés à la transition climatique et le vieillissement de la population se disputent l’espace budgétaire disponible. La doctrine Donroe ajoute une autre dimension, en accroissant l’incertitude et la volatilité potentielle des engagements budgétaires des États-Unis et de leurs alliés. L’adoption d’un ensemble de mesures politiques américaines plus coercitives et axées sur l’hémisphère augmente la probabilité d’une réorganisation des chaînes d’approvisionnement, d’une hausse des primes de risque géopolitique et d’une dynamique inflationniste plus persistante. En réponse à l’imprévisibilité croissante des politiques, les détenteurs étrangers d’actifs américains, en particulier en Europe, manifestent déjà leur volonté de réévaluer leur exposition aux obligations du Trésor.

Collectivement, ces forces exercent une pression à la hausse sur les primes de terme, accentuent les courbes de taux et réduisent la fiabilité des obligations nominales de longue durée en tant qu’instruments de couverture. Le risque de mauvaises surprises en matière d’inflation demeure élevé, et la rémunération offerte par les obligations nominales de longue durée ne semble pas particulièrement attrayante. Dans le cadre d’une stratégie de diversification plus large, nous privilégions les échéances plus courtes, du crédit ciblé et des instruments liés à l’inflation.

Conclusion

Le retour d’une orientation hémisphérique dans la politique américaine, vaguement désignée sous le nom de doctrine Donroe, n’est pas une grande stratégie claire et cohérente. Il s’agit plutôt d’un mélange d’instinct, de politique intérieure et de préoccupations stratégiques réelles concernant la Chine, la Russie et la sécurité des chaînes d’approvisionnement. Le Canada se trouve aux premières loges de ces développements.

Le Canada doit en effet composer avec un partenaire américain plus imprévisible, l’affaiblissement du cadre de l’OTAN et un environnement mondial présentant des risques extrêmes plus élevés. Les tensions vont s’intensifier entre le désir des Canadiens d’accroître leur souveraineté et l’affirmation de la domination hémisphérique des États-Unis.

Il faudra faire preuve d’habileté politique pour maintenir l’équilibre dans nos relations avec notre voisin du sud et d’autres puissances comme la Chine et l’Union européenne. Les choix de politique intérieure en matière de défense, de changement climatique, de viabilité budgétaire et de stratégie industrielle auront des répercussions importantes.

Le contexte n’est pas facile et l’avenir s’annonce périlleux. Cependant, certaines opportunités se présentent. Le Canada devrait bénéficier d’une demande accrue de matières premières fiables, d’infrastructures sûres et d’institutions prévisibles. Le pays peut se positionner comme un fournisseur privilégié d’énergie et de minéraux essentiels pour ses alliés qui se préoccupent d’une dépendance excessive à l’égard de régimes instables ou hostiles. Il peut également tirer parti de sa réputation pour attirer des capitaux et des talents dans un monde qui réévalue le risque politique.

Sur le plan de la construction de portefeuille, notre conseil est le suivant : ne pas céder à la panique ni prendre de risques inconsidérés. Il faut reconnaître que la distribution des résultats s’est élargie et que la valeur de la résilience a augmenté. La flexibilité est essentielle pour naviguer dans cet environnement plus volatil.

La doctrine Monroe originale consistait à tracer une ligne et à dire aux étrangers de ne pas s’en approcher. La version Donroe, quelle que soit sa forme finale, consiste moins à tracer des lignes qu’à renégocier en permanence le pouvoir, le commerce et la sécurité dans un hémisphère bondé et contesté.

Pour les investisseurs, le défi consiste à construire des portefeuilles capables de s’adapter à cette négociation permanente, et peut-être même de tirer parti des opportunités qu’elle crée. En d’autres termes, il s’agit de privilégier l’équilibre alors que le monde continue de tester les limites.

Positionnement

Nous continuons de surpondérer les actions, avec une nette préférence pour le Canada et les marchés émergents. Ces deux régions devraient bénéficier de la reprise de la croissance mondiale attendue au début de 2026 et du raffermissement des cours des matières premières. Le Canada permet de tirer parti des secteurs cycliques et des ressources naturelles, tandis que les marchés émergents devraient profiter du renforcement du commerce mondial et d’un désengagement par rapport au leadership américain. Les valorisations demeurent attrayantes et la dynamique des bénéfices s’améliore, de sorte que les expositions hors États-Unis constituent une source intéressante de rendement et de diversification.

Nous maintenons notre sous-pondération des obligations gouvernementales. Les valorisations se sont améliorées et les courbes de rendement se sont accentuées, mais les défis fondamentaux liés à la durée persistent. Les déficits budgétaires importants et les emprunts massifs des gouvernements continuent de faire reculer le crédit privé et de maintenir les taux à un niveau élevé. Comme la croissance américaine devrait s’accélérer au premier semestre 2026, nous voyons difficilement pourquoi il faudrait augmenter la durée à ce stade.

Notre opinion sur les matières premières demeure favorable, en particulier pour les métaux de base comme le cuivre, l’aluminium et le zinc. L’économie mondiale est désormais engagée dans une course aux ressources, alimentée par les infrastructures d’IA, les besoins en énergie et les capacités manufacturières. L’actualité récente concernant le Groenland souligne cette dynamique. La politique budgétaire accommodante et l’augmentation des emprunts souverains renforcent également l’attrait des actifs tangibles et sensibles à l’inflation. Si la Réserve fédérale réduit ses taux dans un contexte de reprise de l’économie américaine, les attentes en matière d’inflation pourraient augmenter, favorisant ainsi les matières premières.

Sébastien Mc Mahon

Vice-président, allocation d'actifs, stratège en chef, économiste sénior et gestionnaire de portefeuilles

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Alex Bellefleur

Vice-président sénior, chef de la recherche, allocation d’actifs

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